Quelle IAvanie !

Je prépare un billet donnant accès à des ressources sur le thème de la sexualité chez les personnes concernées par la maladie de Parkinson. Comme je le fais rarement, j’ai « pour voir » confié à Gemini, l’IA de Google, la mission de proposer une image illustrant ce billet.

Le texte que j’ai introduit dans le prompteur pour expliquer ce que je désirais est le suivant :

Crée une image dans le style de la ligne claire et des comics des années 1950 qui puisse illustrer un billet de blog traitant de manière explicite mais respectueuse la question de la sexualité et des relations intimes chez les personnes qui souffrent de la maladie de Parkinson.

Et j’ai obtenu cette image :

Dessin dans le style des comics des années cinquante représentant un couple de personnes plutôt âgées assises sur le lit conjugal. Un phylactère fait dire à l'homme qui tremble et dispose sur sa table de chevet d'un livre intitulé Guide de la santé sexuelle "intimité et Parkinson" alors, que la, femme semble dire "Parlons-en ensemble".

Il s’est produit très exactement ce que je redoutais, et je suis en mesure de confirmer que l’IA de Google est victime des idées reçues répandues dans la population sur la maladie de Parkinson.

Les deux protagonistes qui apparaissent sur ce dessin sont vieux, définitivement vieux. Une canne est disposée de part et d’autre du lit pour chacun d’entre eux. Les voici donc assis au bord d’un lit très « conjugal ». Des photographies encadrées posées sur la commode et l’une des tables de chevet représentent probablement les enfants et les petits-enfants de ces deux grands-parents. Gemini semble vouloir me convaincre que le malade de Parkinson est une personne âgée. Assis en bras de chemise et portant un pantalon confortable de couleur brune, c’est l’homme que Gemini a choisi pour représenter les patients souffrant de la maladie. Ce grand-père est tremblant, et ce sont ses extrémités qui révèlent son état. Même si le personnage féminin paraît tenter d’apaiser les tremblements de son partenaire en prenant ses mains dans les siennes, on devine que ces mains sont tremblantes. Sur sa table de nuit, monsieur a déposé un guide de la santé sexuelle. Gageons que même si madame,  dont la jupe grise et les boucles d’oreilles très « bourgeoise du XVIème » trahissent les dispositions conservatrices, se propose de parler avec son époux de leur « intimité » (c’est le terme que Gemini a choisi pour ne pas parler de vie sexuelle)  la discussion sera brève et de bonne tenue. On imagine que ces deux époux ne se transformeront pas en bêtes de sexe à l’instant où ils se glisseront entre les draps blancs que l’on devine sous le couvre-lit ou la couverture dont la couleur marron est assortie à celles du pullover avec sage décolleté de madame et au pantalon de monsieur.

La scène, dans son ensemble, ne respire ni la volupté, ni la fantaisie : Parkinson est une maladie longue et pas rigolote, et nous fera, semble dire Gemini, oublier le plaisir de l’union charnelle.

J’ai eu la curiosité de changer de crèmerie et d’aller regarder ce que ChatGPT pensait de ma demande d’aide pour illustrer mon billet. Je lui ai soumis le même prompt, et voici le dessin qu’il m’a proposé :

Deux amants dont l'un est atteint par la maladie de Parkinson se préparent à copuler en souriant.

Cette proposition est beaucoup plus explicite, même si dans ce cas, il n’y a pas de phylactère indiquant de quoi il s’agit entre ces deux personnes assises sur un lit moins sévère et probablement plus moëlleux. Cette fois encore, c’est monsieur qui est atteint, et il tremble. Là encore, madame tente vainement d’arrêter son tremblement en posant sa main sur la sienne. Madame pourrait avoir 40 ans, peut-être un peu moins, elle est ronde et porte une nuisette rose du plus bel effet. Son décolleté révélant sa poitrine opulente est une invitation à la dévêtir. Monsieur, si les traits de son visage pourraient conduire à lui donner une cinquantaine d’années, est vêtu d’un pyjama très classique pour ne pas dire vieillot. C’est un vieux, c’est évident.

Je note un point surprenant qui pourrait indiquer que ChatGPT a « réparti » les symptômes de la maladie entre les deux personnages qu’il a choisi de représenter : il se passe de toute évidence des choses étranges dans la tête de madame ; le phylactère « révélant » ses pensées représente très grossièrement un cerveau entouré d’éclairs. un aperçu de ce qui pourrait être une représentation de la substance noire apparaît à la base.

Est-ce, alors qu’elle ne tremble pas, madame qui est atteinte et concernée par l’hypersexualité qui est parfois associée aux traitements dopaminergiques ? Sur la table de chevet la plus proche de sa croupe, deux pochettes carrées pourraient contenir des préservatifs, et une bouteille sur laquelle on lit le mot « Love » est négligemment posée à coté. On peut formuler l’hypothèse que cette bouteille contient le lubrifiant qui devrait tout à l’heure être utilisé avec les préservatifs encore enfermés dans leur emballage. Doit-on en conclure que madame souffre du fait de la maladie ou des traitements de sécheresse vaginale justifiant l’utilisation conjointe d’un lubrifiant et de préservatifs qu’elle proposera à monsieur quand le moment sera venu ?

Monsieur, le trembleur en pyjama gris, a préparé sur une sorte de guéridon un médicament. On ne peut déterminer avec certitude s’il s’agit de son traitement contre la maladie ou un médicament contre les troubles de l’érection. Malade ou pas, il pourrait bénéficier de ce produit. Ses pensées en font plutôt un romantique désirant s’unir avec sa partenaire avec amour et tendresse.

Ce deuxième essai est tout aussi désolant que le premier, mais ici, c’est la confusion qui est gênante, en plus des poncifs habituels sur la maladie.

J’ai interrompu mes investigations. Quelle IAvanie !

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