Je voulais commenter un long portrait de Bas Bloem, un neurologue néerlandais engagé dans le soin aux personnes atteintes par la maladie de Parkinson. Ce sera peut-être pour plus tard : j’ai été happé par l’histoire de la découverte de la MPTP, ou plutôt de la découverte de ses effets directement liés à la maladie de Parkinson…En relisant cet entretien et article paru sur le site Web Politico, je me suis en effet rappelé que dans ce qu’il restitue de sa biographie « scientifique », Bloem rend hommage à un neurologue américain auprès duquel il explique avoir travaillé aux États-Unis : William Langston. Ce neurologue est à l’origine de la re-découverte de la MPTP. Langston, est sans doute l’un de ces personnages qui, surgissent et font avancer avec l’aide involontaire d‘une touche de sérendipité (le coup de chance) la compréhension d’une pathologie comme la maladie de Parkinson et permettent de faire émerger de nouveaux médicaments.
Voici donc une longue digression au sujet de l’étonnante découverte de la MPTP, la drogue qui a fait avancer la connaissance de la maladie de Parkinson.
William Langston et certains de ses collègues neurologues en Californie ont observé en 1982 chez un puis plusieurs autres patients ayant consommé une substance de synthèse , la 1-Methyl-4-phenyl-1,2,3,6-tetrahydropyridine, de son petit nom MPTP, des symptômes semblables à ceux de la maladie de Parkinson. Il raconte l’histoire de la découverte et ses implications dans un article publié en 2017 dans le Journal of Parkinson’s disease.
Le produit avait été distribué en Californie auprès de personnes héroïnomanes et ses effets étaient particulièrement ravageurs. Il était considéré par les distributeurs et par les consommateurs comme une héroïne de synthèse. Du fait de sa découverte récente, il n’était pas encore connu, contrôlé et éventuellement interdit pas les autorités de santé des États-Unis. C’est un bon exemple de « Designer drug« , que l’on traduit en français ,par « Nouveau produit de synthèse » : ces substances sont très proches de molécules classées comme produits stupéfiants. Elles ont des effets semblables aux produiits qu’elles cherchent à imiter.
Langston et ses pairs se rendent compte que la consommation de MPTP par plusieurs patients qui se présentent à l’hôpital semble avoir déclenché l’apparition des symptômes d’un syndrome parkinsonien.
Les effets neurologiques de la consommation de MPTP ne sont pas réversibles, mais l’état des patients est grandement amélioré par la Levodopa, la molécule utilisée pour soulager les personnes souffrant de la maladie de Parkinson.
Langston et les autres neurologues qui se sont vu référer des patients ayant consommé la MPTP sont surpris : ils voient des personnes jeunes se présenter avec des Parkinson typiques apparus presque du jour au lendemain, alors que Parkinson est un pourvoyeur de patients beaucoup plus âgés, et est d’évolution plutôt lente.
Ils comprennent vite que c’est le produit utilisé par ces patients héroïnomanes qui a grillé les neurones de la substance noire (la petite région du cerveau dans laquelle les neurones dopaminergiques disparaissent chez les personnes atteintes par la maladie de Parkinson). En cherchant à résoudre l’énigme des toxicomanes intoxiqués et durablement affectés par les effets délétères de la MPTP, Langston et ses pairs viennent sans vraiment le chercher d’obtenir un moyen efficace de provoquer un syndrome très semblable à celui que l’on observe dans les cas de maladie de Parkinson chez les humains, mais surtout chez les autres primates. En mettant cet outil à disposition des scientifiques qui cherchaient à mieux connaître les mécanismes à l’oeuvre dans la maladie et à tester de nouvelles approches thérapeutiques, cette découverte a permis de disposer de modèles animaux pour l’expérimentation indispensable à la progression de la connaissance sur la maladie.
Un livre co-écrit par W. Langston et le documentariste Jon Palfreman raconte cette aventure : The Case of the Frozen Addicts (paru en 1995), dont une description peut être consultée sur la page Wikipédia (en anglais) consacrée à Wiliam Langston. Le livre est très facile à trouver dans les bibliothèques de l’ombre sur le Web, je le mets à disposition ici, à toutes fins utiles. On peut aussi visionner un film documentaire qui a été réalisé par Jon Palfreman en 1985 et diffusé en 1986 par la télévision américaine (émission Nova) à ce sujet : The Case Of the Frozen Addicts (58′ environ – à voir par exemple sur Dailymotion), et un autre documentaire réalisé en 1992 et diffusé en 1993 par la BBC (Royaume-Uni) et PBS (États-Unis) : Awakening the Frozen Addicts.
Le fin mot de l’histoire est que J. Palfreman, le documentariste et écrivain, a lui-même reçu le diagnostic de la maladie de Parkinson en 2011. Il en a fait un livre paru en 2015 : Brain Storms: The Race to Unlock the Mysteries of Parkinson’s Disease.
L’article de Politico sur Bas Bloem : ‘Parkinson’s is aman-made disease’ (14/04/2025)
Pour être honnête, et c’est sans doute un peu bête, mais je trouve que Bas Bloem a des airs de Didier Raoult néerlandais.