Aussi loin que mes pas me portent, de Josef Martin Bauer

Notes sur le récit de la captivité et de l'évasion d'un soldat allemand condamné aux travaux forcés en Sibérie soviétique après la seconde guerre mondiale.

Je ne suis pas vraiment amateur de récits, et encore moins de récits « d'aventures humaines » (quelle expression affreuse). Tout au plus me suis-je régalé à la lecture des exploits de l'équipage du Kon-Tiki quand j'avais une dizaine d'années. Le livre dont il est question ici est donc une exception : il m'a été offert, et je lis en général les cadeaux. J'ai bien tenté de m'y soustraire en le prêtant d'abord à quelqu'un, mais il est revenu. C'est une bonne surprise.

Aussi loin que mes pas me portent raconte la captivité puis l'évasion d'un prisonnier de guerre allemand, Clemens Forell, pris par l'armée russe en 1944 sur le Front de l'Est, évadé, repris, incarcéré et jugé à la Loubianka pour « crimes de guerre » et expédié en train aux confins de la Sibérie, quelque part tout au bord du détroit de Béring, pour y purger une peine de 25 ans de travaux forcés dans une mine de plomb.

La première moitié du récit décrit la période de captivité. Convoyage des forçats au cours duquel s'opère une sorte de sélection par le froid, installation et travail des survivants dans la mine. Les hommes ont (parfois) le choix entre le dehors glacial et des grottes irrespirables creusées par leurs prédécesseurs où ils vivent et travaillent.

Forell tente de s'évader du camp une première fois. Repris, bastonné par ses camarades que les brimades imposées en représailles par leurs geôliers ont rendu fous, ce n'est que trois ans après son arrivée qu'il s'évade à nouveau, cette fois pour de bon.

Commence alors pour lui une longue marche de plus de trois ans avant de pouvoir franchir le rideau de fer et atteindre l'Iran. Dans sa fuite, Forell ne doit souvent son salut qu'à la chance et surtout à des rencontres qui, si elles lui font parfois perdre de vue son objectif, lui sauvent plus d'une fois la vie.

Dans une longue préface, l'éditeur évoque le succès du livre lors de sa sortie en Allemagne en 1955 et depuis lors (un film a par exemple été tiré du livre en 2001) ; il se demande à quoi peut bien tenir ce succès et s'il n'était pas, pour les allemands tout juste sortis de la guerre, une manière de dire et de se dire « nous aussi, nous avons souffert ».

Le texte a été écrit par Josef Martin Bauer sur la base d'entretiens avec le fugitif revenu au pays (« Clemens Forell » est un pseudonyme). Le récit est reconstruit et l'auteur ne s'en cache pas : il évoque dans une courte postface les hésitations de Forell sur certains de ses souvenirs. La place donnée à la description des conditions de détention et de travail des forçats, l'absence de détails sur les raisons pour lesquels ces hommes ont été condamnés et l'accent mis sur certains épisodes répondent peut-être la question de l'éditeur. L'un des derniers personnages à sauver la mise à cet ancien de la Wehrmacht est un juif, qui, ironie du sort, lui permet indirectement d'atteindre l'Iran.

Je n'ai pas terminé ce livre par curiosité historique (le cadre historique n'est d'ailleurs qu'esquissé), pour sa qualité proprement littéraire ou pour le témoignage sur ce groupe d'hommes placés dans des conditions inhumaines que représente la première partie. Ce sont plutôt les transformations du fugitif à mesure qu'il avance, ses hésitations, le flux et le reflux de sa motivation qui ont retenu jusqu'au bout mon attention.

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