Des fleurs offertes après un dîner

« Autrefois, quand un homme offrait des fleurs à une femme, c'était parce qu'il avait trouvé ces fleurs jolies. »

« Quand un homme est invité à déjeuner ou à dîner, il se fait précéder, maintenant, d'une gerbe, d'une plante, d'une corbeille adressée à la maîtresse de la maison.

Tel est le nouveau procédé en usage.

Telle est la façon par laquelle les gens croient démontrer qu'ils connaissent la politesse.

Eh bien, qu'il me soit permis de dire que c'est la méconnaître profondément.

Cette mode est récente. Elle date d'une dizaine d'années tout au plus.

Autrefois, quand un homme offrait des fleurs à une femme, c'était parce qu'il avait trouvé ces fleurs jolies. C'était parce qu'il avait de la gratitude pour un mot aimable, un sourire bienveillant. C'était surtout à la fin de l'année, parce qu'il avait été reçu à la table de l'aimable hôtesse, ou bien au début de la saison d'hiver parce qu'il avait été accueilli aimablement, durant la saison d'été, dans le château ou la villa.

La nuance d'une intention ou le délai qui marque qu'on est capable de se souvenir, donnaient du prix à un tel hommage.

Mais la mode nouvelle me semble caractériser exactement l'aspect que peut avoir la muflerie sous le masque de la politesse.

Nous sommes en une époque où tout se chiffre, où tout se compte, où tout correspond à un échange, ou bien à un marché.

Les hommes prétendent ne pas avoir à tenir, en fin d'année, une comptabilité de gratitude.

Ils s'aquittent d'un coup, brutalement, comme on signe un chèque, comme on laisse vingt sous pour le garçon, sur une table de café... »

Paul Reboux, Pour balayer les vieux usages voici... le nouveau savoir-vivre (1930)

Haut de page


Vous parcourez Mercredi, blog personnel de Thomas. Des fleurs offertes après un dîner a été publié pour citer.

Billets récents pour citer :

  1. Heure exquise : Quelques vers de Verlaine.
  2. Dehors : Addiction.
  3. Piano Man : Affabulations.
  4. Paranoïa : Définition.

Regardez ailleurs