Quelques pas dans le village natal de Jeanne d'Arc et un « Ave Maria » gastronomique au pied d'une hideuse basilique, raccourci inattendu entre le Burkina Faso et les bords de Meuse.
Domrémy-la-Pucelle, d'où est partie Jeanne d'Arc : voilà un de ces lieux que je me promettais de visiter depuis que je suis lorrain d'adoption. Comme Verdun ou Douaumont, mieux vaut sans doute y éviter les promenades solitaires pas jours de pluie, mais l'occasion de faire en bonne compagnie et sous le soleil le voyage de Domrémy s'étant présentée la semaine dernière, j'en ai profité.
Première surprise : Domrémy est dans les Vosges, et pas dans la Meuse, comme je le croyais. Enfin, presque dans la Meuse, qui traverse le village et serpente paresseusement au fond de sa vallée. La faute à Péguy, sans doute, et à de vieux souvenirs de feuilletage en Pléïade.
Et Domrémy, c'est un tout petit village. Des traces de Jeanne, il y en a finalement très peu : sa maison natale, la petite église où elle a été baptisée. À deux pas, l'inévitable boutique de souvenirs, mais tout ça reste discret : rien à voir par exemple avec les abords du sanctuaire à Lourdes. Il y a bien un « musée privé » un peu suspect, mais il était fermé lors de ma visite (il faut dire que pélerins et touristes se font rares au mois de mars).
Au dessus de la maison natale, un « centre d'interprétation » sur Jeanne d'Arc et son temps. Comme le dit la dame de l'accueil (trop) volubile et attentionnée « ici, on ne vend rien ». Autour de la vie de la pucelle d'Orléans, et peut-être justement parce qu'on n'avait pas grand chose d'authentique à montrer, on a installé une galerie multimédia qui place les événements dans leur contexte. Pour les nuls en histoire et les mécréants (dont je suis), c'est une bonne étape, même si on sourit un peu quand il faut s'asseoir et contempler la « scène de cour », un ensemble de mannequins en costume d'époque et une histoire racontée avec des jeux de lumière (d'après la dame de l'accueil toujours, c'est le clou du spectacle). Pas une hagiographie, et c'est très bien. L'image d'Épinal (on n'est pas loin de la fabrique de clichés, d'ailleurs) s'en trouve écornée : la pauvre bergère était en fait plus sûrement la fille de paysans aisés.
Rien par contre sur le cortège des théories fantaisistes, plus ou moins historiques, dont Jeanne d'Arc aura été le support, comme celles qui en font une princesse de sang royal, et peu d'informations sur la récupération de la pucelle par les nationalistes et va-t-en guerre de tout poil.
Dans l'église de Domrémy, les ex-voto et autres bondieuseries sont discrets. À la basilique du Bois-Chenu, c'est une autre affaire.
Cette chose construite à la fin du XIXe siècle et consacrée en 1926, après la canonisation en bonne et due forme de Jeanne, est d'une laideur remarquable (effroyable ?), à l'intérieur comme à l'extérieur.
Les souvenirs guerriers (je n'avais pas idée du nombre d'avions, de chars, de régiments qui portent le nom de Jeanne d'Arc) et les démonstrations de piété les plus criardes se côtoient. [Note radine pour plus tard : le cierge est deux fois plus cher à la basilique qu'à l'église de Domrémy, par contre, on ne trouve l'irremplaçable Ciraprier (bande de cire à dérouler, on écrit ses intentions dessus, on enroule, on allume, on pose et on s'en va) qu'à la basilique...]
Peut-être suis-je de mauvaise foi. D'autant qu'une surprise m'attendait à la sortie. À côté de la basilique se trouve un restaurant, L'accueil du pélerin. Ce n'est pas une cantine à touristes pélerins, mais un lieu étonnant, tenu par une communauté de soeurs. On pourrait ne s'en rendre compte qu'une fois assis en regardant la carte : elle ne sont pas en habit. Ces soeurs appartiennent à une congrégation missionnaire fondée dans les années 1950 par Marcel Roussel-Galle, un prêtre de Besançon : les travailleuses missionnaires. La spiritualité de cette congrégation est proche de celle du Carmel, auquel elles ont été incorporées en 1984, mais ce ne sont pas des carmélites cloîtrées : elles sont dans le monde.
En plus de leurs activités pastorales, elles ont ouvert des restaurants (qui s'appellent en général « Eau Vive »). Il y en a par exemple en Polynésie, à Nouméa, ou encore à Bobo Dioulasso, au Burkina Faso.
À 14h00, les soeurs qui assuraient ce jour-là le service et celles qui étaient aux cuisines se sont rassemblées et, comme c'est l'habitude dans tous leurs restaurants, ont chanté l'Ave Maria. Le lieu est paisible, et on y mange merveilleusement bien (et pour pas cher...). Surtout, qu'on soit croyant ou non, cette sorte de témoignage tranquille a quelque chose de très touchant.
La surprise, pour moi, n'était pas de trouver là ce lieu extra-ordinaire, mais de le re-trouver (par hasard). J'ai en effet déjeûné il y a un peu moins de 10 ans à l'Eau Vive de Ouagadougou, au Burkina, et la personne qui m'accompagnait y avait déjeûné plus de 20 ans auparavant.
Curieux raccourci, mais le Bois-Chenu n'est pas un lieu comme les autres...
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