Arthur Rimbaud, Sillages

Poèmes et textes d'Arthur Rimbaud
La maline
(Le cahier de Douai)

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La maline

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Dans la salle à manger brune, que parfumait
Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise
Je ramassais un plat de je ne sais quel met
Belge, et je m'épatais dans mon immense chaise.
 
En mangeant, j'écoutais l'horloge, - heureux et coi.
La cuisine s'ouvrit avec une bouffée,
- Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
Fichu moitié défait, malinement coiffée
 
Et, tout en promenant son petit doigt tremblant
Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc,
En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue,
 
Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m'aiser ;
- Puis, comme ça, - bien sûr, pour avoir un baiser, -
Tout bas : « Sens donc, j'ai pris une froid sur la joue... »
 
Charleroi, octobre 70.

Arthur Rimbaud  

À propos du poème "La maline"

Comme les autres textes du « Cahier », ce poème a été recopié par Rimbaud lors de son séjour dans la famille de Georges Izambard, en septembre et octobre 1870.
L'indication de la ville de Charleroi fait sans doute allusion à l'une des escapades du poète en Belgique, peut-être celle où il entre au « Cabaret-Vert », poème qui vient juste avant « La maline » dans le « Cahier ».

mots colorés dans ce poème :
velours de pêche blanc | salle à manger brune | velours de pêche rose |
 
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