Arthur Rimbaud, Sillages

Poèmes et textes d'Arthur Rimbaud
Première soirée
(Le cahier de Douai)

Accueil > Poèmes de Rimbaud > Le cahier de Douai

Première soirée

 > à propos de ce poème
 > imprimer Première soirée

Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.
 
Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d'aise
Ses petits pieds si fins, si fins.
 
- Je regardai, couleur de cire
Un petit rayon buissonnier
Papillonner dans son sourire
Et sur son sein, - mouche ou rosier.
 
- Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s'égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal.
 
Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent : « Veux-tu en finir ! »
- La première audace permise,
Le rire feignait de punir !
 
- Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
- Elle jeta sa tête mièvre
En arrière : « Oh ! c'est encor mieux !...
 
Monsieur, j'ai deux mots à te dire... »
- Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D'un bon rire qui voulait bien...
 
- Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

Arthur Rimbaud  

À propos du poème "Première soirée"

Ce poème a été publié le 13 août 1870 par la revue « La Charge » sous le titre « Trois Baisers ».
Le texte proposé ici est celui que Rimbaud a recopié à Douai dans le « Cahier » au début du mois de septembre.
 
Voir :
Biographie de Rimbaud, 1870.

haut de page

Rêve <<

>> Sensation

à propos de ce site | moteur de recherche