Arthur Rimbaud, Sillages

Poèmes et textes d'Arthur Rimbaud
Plates-bandes d'amarantes
(Vers nouveaux)

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Plates-bandes d'amarantes

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Juillet, Boulevard du Régent.
 
Plates-bandes d'amarantes jusqu'à
L'agréable palais de Jupiter.
- Je sais que c'est Toi qui, dans ces lieux,
Mêles ton Bleu presque de Sahara !
 
Puis, comme rose et sapin du soleil
Et liane ont ici leur jeux enclos,
Cage de la petite veuve !...
Quelles
Troupes d'oiseaux, ô iaio, iaio !...
 
- Calmes maisons, anciennes passions !
Kiosque de la Folle par affection.
Après les fesses des rosiers, balcon
Ombreux et très bas de la Juliette.
 
- La Juliette, ça rappelle l'Henriette,
Charmante station du chemin de fer,
Au coeur d'un mont, comme au fond d'un verger
Où mille diables bleus dansent dans l'air !
 
Banc vert où chante au paradis d'orage,
Sur la guitare, la blanche Irlandaise.
Puis, de la salle à manger guyanaise,
Bavardage des enfants et des cages.
 
Fenêtre du duc qui fais que je pense
Au poison des escargots et du buis
Qui dort ici-bas au soleil.
Et puis
C'est trop beau ! trop ! Gardons notre silence.
 
- Boulevard sans mouvement ni commerce,
Muet, tout drame et toute comédie,
Réunion des scènes infinie,
Je te connais et t'admire en silence.
 
Est-elle almée ?...
 
Est-elle almée ?... aux premières heures bleues
Se détruira-t-elle comme les fleurs feues...
Devant la splendide étendue où l'on sente
Souffler la ville énormément florissante !
 
C'est trop beau ! c'est trop beau ! mais c'est nécessaire
- Pour la Pêcheuse et la chanson du Corsaire,
Et aussi puisque les derniers masques crurent
Encore aux fêtes de nuit sur la mer pure !
 
Juillet 1872.

Arthur Rimbaud  

mots colorés dans ce poème :
Irlandaise blanche | banc vert | Bleu bleu | diables bleus | heures bleues |
 
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