Rimbaud, Sillages

Lettres d'Arthur Rimbaud
Lettre à sa mère (Harar, 10 novembre 1890)

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Lettre à sa mère (Harar, 10 novembre 1890)

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A sa mère
 
Harar, le 10 novembre 1890.
 
  Ma chère maman,
 
  J'ai bien reçu ta lettre du 29 septembre 1890.
  En parlant de mariage, j'ai toujours voulu dire que j'entendais rester libre de voyager, de vivre à l'étranger et même de continuer à vivre en Afrique. Je suis tellement déshabitué du climat d'Europe, que je m'y remettrais difficilement. Il me faudrait même probablement passer deux hivers dehors, en admettant que je rentre un jour en France. Et puis comment me referais-je des relations, quels emplois trouverais-je ? C'est encore une question. D'ailleurs, il y a une chose qui m'est impossible, c'est la vie sédentaire.
 
  Il faudrait que je trouvasse quelqu'un qui me suivît dans mes pérégrinations.
 
  Quant à mon capital, je l'ai en mains, il est libre quand je voudrai.
 
  Monsieur Tian est un commerçant très honorable, établi depuis trente ans à Aden, et je suis son associé dans cette partie de l'Afrique. Mon association avec lui date de deux années et demi. Je travaille aussi a mon compte, seul ; et je suis libre, d'ailleurs, de liquider mes affaires dès qu'il me conviendra.
 
  J'envoie à la côte des caravanes de produits de ces pays : or, musc, ivoire, café, etc., etc. Pour ce que je fais avec M. Tian, la moitié des bénéfices est à moi.
 
  Du reste, pour les renseignements, on n'a qu'à s'adresser à Monsieur de Gaspary, consul de France à Aden, ou à son successeur.
 
  Personne à Aden ne peut dire du mal de moi. Au contraire. Je suis connu en bien de tous, dans ce pays, depuis dix années.
 
  Avis aux amateurs !
  Quant au Harar, il n'y a aucun consul, aucune poste, aucune route; on y va à chameau, et on y vit avec des nègres exclusivement. Mais enfin on y est libre, et le climat est bon.
 
  Telle est la situation.
 
  Au revoir.
 
  A. Rimbaud.

Arthur Rimbaud  

À propos de "Lettre à sa mère (Harar, 10 novembre 1890)" :
 
Voir :
Biographie de Rimbaud, 1890

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