Rimbaud, Sillages

Lettres d'Arthur Rimbaud
Lettre au vice-consul de France à Aden (Aden, 30 juillet 1887)

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Lettre au vice-consul de France à Aden (Aden, 30 juillet 1887)

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À M. de Gaspary
 
Aden, le 30 juillet 1887.
 
  Monsieur le Consul,
 
  J'ai l'honneur de vous rendre compte de la liquidation de la caravane de feu Labatut, opération dans laquelle j'étais associé selon une convention faite au consulat en mai 1886.
 
  Je ne sus le décès de Labatut qu'à la fin de 86, au moment où, tous les premiers frais payés, la caravane commençait à se mettre en marche et ne pouvait plus être arrêtée, et ainsi je ne pus m'arranger à nouveau avec les créanciers de l'opération.
 
  Au Choa, la négociation de cette caravane se fit dans des conditions désastreuses : Ménélik s'empara de toutes les marchandises et me força de les lui vendre à prix réduit, m'interdisant la vente au détail et me menaçant de les renvoyer à la côte à mes frais ! Il me donna en bloc 14000 thalers de toute la caravane, retranchant de ce total une somme de 2500 thalers pour paiement de la 2e moitié du loyer des chameaux et autres frais de caravane soldés par l'Azzaze, et une autre somme de 3 000 thalers, solde de compte au débit de Labatut chez lui, me dit-il, tandis que tous m'assurèrent que le roi restait plutôt débiteur de Labatut.
 
  Traqué par une bande des prétendus créanciers de Labatut, auxquels le roi donnait toujours raison, tandis que je ne pouvais jamais rien recouvrer de ses débiteurs, tourmenté par sa famille abyssine qui réclamait avec acharnement sa succession et refusait de reconnaître ma procuration, je craignais d'être bientôt dépouillé complètement et je pris le parti de quitter Choa, et je pus obtenir du roi un bon sur le gouverneur du Harar, Dedjaz matche Mékonmène, pour le paiement d'environ 9000 thalers, qui me restaient redus seulement, après le vol de 3000 thalers opéré par Ménélik sur mon compte, et selon les prix dérisoires qu'il m'avait payés.
 
  Le paiement du bon de Ménélik ne se termina pas au Harar sans frais et difficultés considérables, quelques-uns des créanciers étant venus me relancer jusque-là. En somme, je rentrai à Aden, le 25 juillet 1887 avec 8000 thalers de traites et environ 600 thalers en caisse.
 
  Dans notre convention avec Labatut, je me chargeais de payer, outre tous les frais de caravane :
 
  1° au Choa, 3000 thalers par la livraison de 300 fusils à ras Govana, affaire réglée par le roi lui-même ;
  2° à Aden, une créance à M. Suel, acquittée actuellement avec une réduction réglée entre les parties ;
  3° un billet de Labatut à M. Audon, au Choa, créance dont j'ai déjà versé, au Choa et au Harar, plus de 50 % suivant documents entre mes mains.
 
  Tout ce qui pouvait être, d'ailleurs, au débit de l'opération a été réglé par moi. La balance étant un encaisse d'environ 2500 thalers, et Labatut me restant débiteur par obligations faites au consulat, d'une somme de 5800 thalers, je sors de l'opération avec une perte de 60 % sur mon capital, sans compter vingt et un mois de fatigues atroces passés à la liquidation de cette misérable affaire.
 
  Tous les Européens au Choa ont été témoins de la marche de cette affaire, et j'en tiens les documents à la disposition de M. le Consul.
 
  Agréez, Monsieur le Consul, l'assurance de mon dévouement respectueux.
 
  A. Rimbaud.
 
Monsieur de Gaspary,
Vice-consul de France,
À Aden.

Arthur Rimbaud  

À propos de "Lettre au vice-consul de France à Aden (Aden, 30 juillet 1887)" :
 
Rimbaud, ayant soldé les affaires de son défunt associé Labatut auprès de Ménélik, roi du Choa, dresse ici pour le vice-consul de France à Aden le bilan désastreux de l'entreprise.
 
Voir :
Biographie de Rimbaud, 1887

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